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Samedi 24 mai, le groupe du « Living Room » est venu pour la troisième fois de sa carrière sur la scène brestoise. Au programme, les standards des quatre premiers albums, et la présentation du petit dernier, 5. Un concert en relief, dont la liberté scénique s’appuie sur un travail artistique soigné. Peu de temps avant leur entrée en scène, le Poulailler rencontre au Vauban Belle du Berry, David Lewis, Potzi, François Jeannin (devenu Fanch pour l’occasion) et Emmanuel « Mana » Chabbey – qui a rejoint la formation en 2011.

Votre dernier album Motifs date de 2004; comment avez-vous occupé votre temps jusqu’à aujourd’hui? 

Nous avons tous pris le temps de nous ressourcer, de travailler des projets personnels. Dix ans de Paris Combo, c’était une chance inouïe – et on souhaite à tous les musiciens d’avoir le même genre d’expérience. Mais ça devenait exclusif et nous devions renouer avec les origines! Belle et David ont enregistré en duo l’album Quizz, Potzi a enchaîné les concerts avec le Trio Potzi, et François a notamment joué avec Pigalle.

Et comment en êtes-vous finalement venus à la conclusion que c’était le bon moment pour recommencer à composer?

Il n’y avait rien de prévu, pas de date de retrouvailles à l’agenda. Nous avons partagé de nouveaux moments musicaux sans savoir que Paris Combo pourrait renaître; et se revoir, rejouer ensemble, c’est comme si nous nous étions à peine quittés. Il n’y a pas eu besoin de rallumer quoi que ce soit, la flamme n’était pas éteinte, mais juste en veille!

5 parce que c’est le cinquième album?

Oui, et pour de nombreuses autres raisons : 5 dans le groupe, 5 ans de pause, 5 doigts de la main aussi – et c’est fondamental, pour jouer de la guitare! Nous ne sommes d’ailleurs pas les premiers à l’avoir constaté : le cinquième album d’Alizée s’appelle 5, aussi… nous l’avons découvert trop tard, le nom était déjà choisi, et l’album déjà sorti aux États-Unis.

Et 5, c’est aussi la liberté, si j’en crois le bus qui passe!

Enregistrer avec Dominique Blanc-Francard (le père de Sinclair, ndlr), est-ce source de changement? de nouvelles modalités de travail?

Le son en général a changé. Le rendu discographique est meilleur également. Le public et la critique retrouvent dans cet album tous les éléments de Paris Combo, composés plus collégialement, à partir d’improvisations. Nous ne sommes pas arrivés avec des chansons que chacun aurait déjà écrites et qu’il n’y aurait plus eu qu’à arranger, cela s’est fait de manière plus organique, nous avons enregistré comme en live. Dominique et Bénédicte Schmitt (des studios Labomatic, ndlr) nous ont aidés à faire des choix, à prendre des décisions lors de l’élaboration du disque. C’est toujours bon d’avoir un œil extérieur un peu critique en phase d’enregistrement.

Au final, à l’écoute de l’album terminé, nous avons eu le sentiment que les chansons étaient de meilleure qualité, mieux jouées que sur les albums précédents. La presse nous décrit souvent comme un groupe de scène. Il nous semble justement que nous avons réussi à saisir l’ambiance particulière de la scène pour la transcrire dans l’enregistrement. Ce n’était pas si évident et cela nécessitait solidité et maturité. C‘est cela que les cinq années de relâche ont favorisé. L’épanouissement personnel, la prise de recul par rapport au groupe et à ce qu’il représente ont permis une double accélération parce que nos expériences individuelles sont venues nourrir positivement le travail collectif.

Vous êtes souvent qualifiés de groupe « inclassable » en France; mais à l’étranger, vos disques sont rangés dans les bacs « musiques du monde ». Est-ce que cette non-étiquette vous convient?

Pas vraiment… Cela ne fait pas spécialement plaisir… En France, où le besoin de cataloguer les gens est très sensible, ne pouvoir entrer dans une case est souvent mal perçu. Aux États-Unis en revanche, où le marché de la musique est énorme, il nous semble qu’il y plus de place pour les groupes dits crossover, c’est-à-dire qui incorporent des éléments de plusieurs styles et influences.

Une étiquette pour les groupes sans étiquette, en somme?

Exactement, et c’est même une niche considérable pour eux. Là-bas, le jazz a toujours été un élément très important et le mélange, à divers degrés, se perçoit dans de nombreux projets. C’est très valorisé. En France, ce genre de combinaisons est beaucoup moins courant.

Belle du Berry, vous écrivez. Quelles sont vos inspirations? Des poètes? Des auteurs? ou est-ce très personnel?

C’est très personnel! Non… bien sûr, mon écriture est inspirée de nombreuses sources. Pour Paris Combo, c’est très particulier. Il faut la voir comme un ensemble de courts-métrages, qui tentent de rester dans une sphère poétique, sans chercher l’efficacité ni le respect des règles de l’art. Je ne cherche pas à tout prix les phrases bien construites, concises et claires. Donc… cela peut partir dans tous les sens et ma fille me dit parfois qu’elle ne comprend rien à ce que je chante! Malgré tout, que ce soit dans les textes ou dans la musique de Paris Combo, il y a plusieurs degrés de lecture. Quant aux sujets évoqués par mes mots, ils abordent l’humain, parce que c’est ce qui me touche.

Lors de vos tournées à l’étranger, vous sentez des attentes différentes en fonction des publics?

Aux États-Unis, les gens ne comprennent pas les textes mais les apprennent et chantent quand même. Le jazz est une passerelle pour le public américain, qui est également très francophile et aime la langue française. On nous demande même parfois la traduction des textes. En France, l’attente était liée à notre absence prolongée, et on rencontre soit des gens très contents de nous revoir, soit des personnes qui n’avaient pas eu l’occasion de nous voir et qui nous accueillent avec plaisir.

C’est sympa aussi de voir un public jeune, qui dit avoir écouté nos chansons quand il avait 10 ans! Il y a donc à la fois un renouvellement, avec les petits frères, les petites sœurs, qui sont finalement un peu les mêmes que leurs aînés, et une continuité, parce qu’ils viennent avec leur grand-mère! C’est un public intergénérationnel!

Écrire et chanter en anglais, vous n’y avez jamais pensé?

Au tout début, notre agent a eu le fantasme, un peu comme pour Aznavour, de traduire nos chansons et de nous les faire chanter en deux langues. Tout le monde a compris aujourd’hui que, d’une part, on n’était pas Aznavour, et que d’autre part on représentait l’exotisme de chanter en français. Et le public étranger est demandeur. Entre les chansons bien sûr, le lien avec lui se fait en anglais.

La musique – un lien interculturel?

Nous serons à Hong-Kong la semaine prochaine, et notre distributeur là-bas a proposé une collaboration avec un artiste local ; nous verrons bien ce que cela va donner, nous ne connaissons pas encore exactement leur demande, mais ce qui est intéressant, c’est que la musique donne facilement accès à la rencontre.

L’année prochaine, ce sont les vingt ans de Paris Combo. Avez-vous quelque chose à nous annoncer?

Nous verrons, nous n’y avons pas encore pensé! Mais 5 a été enregistré il y a deux ans déjà, aux États-Unis, et nous n’allons pas tarder à travailler de nouvelles chansons, cela coïncidera avec les vingt ans du groupe. Au fil du temps, les idées fleuriront certainement sur la manière de fêter ça.

Et pour ce soir, vous avez choisi une thématique particulière? un enchaînement spécifique de vos morceaux? 

Nous avons essayé de brasser notre dernier album avec des morceaux anciens. Mais la question de l’amour est quand même le point de départ, l’amour à différentes étapes et dans ses différents états. Le début, la fin, la recherche, l’absence. Ensuite, ça partira dans tous les sens! Ce sont des petites saynètes, et tout dépend aussi de l’humeur musicale. On se balade beaucoup à travers les albums. L’important, c’est de tisser l’histoire avec le public. Ca se fait ensemble, le concert, avec lui et nous. 

About the Author

Elevé dans une ambiance sonore éclectique, musicien dans l'âme plus que dans les doigts, Matthieu apprécie les expériences nouvelles autant qu'une symphonie de Chostakovitch ou une gavotte. Son approche est souvent un peu décalée, parfois technique, et s'ancre librement dans le ressenti.

 

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